
MERCREDI, 9 JUIN, 20 H 46 Le journal de Marlène Le visionnement de vidéos lesbiens ne m'a pas appris grand-chose si ce n'est que quelques variantes à des positions que je connaissais déjà sans les avoir essayées, car tout cela m'est pratiquement inné. Bien sûr au travers j'en ai découvert des fort intéressantes, j'en ai même inventé d'autres. Il y a une posture que j'ai déjà utilisée, mais dont je ne connaissais pas le nom et c'est par hasard que je suis tombée sur un bouquin qui abordait le sujet. J'ai appris que cela s'appelait du tribadisme. Ceci était décrit comme une position en cuillère ou encore une imitation du coït par le frottement des clitoris. C'est froid comme définition par contre c'est très clair, mais cela ne laisse pas grand place au plaisir que j'ai eu de le faire. J'ai aussi trouvé, par mes recherches, que les origines du mot lesbienne remontent à la glorieuse civilisation de la Grèce ancienne. À cette lointaine période chez eux l'homosexualité était pratique courante. Les femmes jouissaient d'une grande liberté même si on interdisait aux sujets de petites tailles d'avoir des enfants. Cela faisait partie de leurs moeurs. J'aurais aimé vivre là en ces temps immémoriaux. J'aurais ainsi pu faire ma vie tout en restant vierge des hommes sans pour cela faire partir des rumeurs méchantes à mon égard et comme je ne suis absolument pas attirée par les triangles amoureux mais plutôt seulement par la monogamie, j'aurais ainsi pu facilement vivre sur l'Ile de Lesbos à Erès prés d'Athènes et faire un peu comme le fit Sappho entre 612 et 558 avant notre ère. Son histoire m'intéresse et m'intrigue toujours énormément, car elle fut une grande poétesse presque uniquement homosexuelle, très connue et adulée de tous. La tradition veut qu'elle ait été une belle petite brune, très menue, aux yeux verts mobiles et très rayonnants. Sa peau et ses cheveux étaient plus noirs et elle était aussi plus velue que ne l'admettaient leurs critères de beauté. Aujourd'hui elle aurait été considérée seulement comme une femme ayant une pilosité un peu forte, c'est tout. Elle était une femme tout à fait féminine sans aucune ambiguïté. Elle possédait un charme envoûtant qui tenait à sa délicatesse, à son raffinement et aussi à l'éclat de la vivacité de son regard. Elle avait un grand esprit lyrique et elle récitait ses poèmes en vers saphiques nouveaux mètres qu'elle avait elle même inventés en s'accompagnant à la cithare devant ses admiratrices à qui elle enseignait la versification. Elle se maria à un riche commerçant, mais toutefois il dut rester blanc car elle écrivit à plusieurs reprises , "je resterai aiparthemos" ou en terme simple vierge à jamais, cependant par contre ses aventures amoureuses furent extrêmement nombreuses et celles-ci furent qualifiées d'amour lesbien en son souvenir, ce qui la fit connaître par sa renommée en tant que Sappho la lesbienne (homosexuelle). Antipater la proclame: "un Homère féminin", et l'honneur des lesbiennes aux belles chevelures". Platon l'appelait la "dixième Muse". Socrate lui se réjouissait de l'appeler: "la belle". Strabon la qualifiait de: "miracle ou le merveilleux prodige", et ajouta: "Je ne sache pas que, dans tout le cours des temps dont l'histoire a gardé le souvenir, aucune femme n'ait pu, même de loin, sous le rapport du génie lyrique, rivaliser avec elle". Ses concitoyens lui offrirent une belle maison sur un superbe domaine. Elle aimait dire aux gens "moi j'aime la vie élégante et pour moi la richesse et la beauté appartiennent au désir de voir la lumière et le soleil". Elle eut beaucoup de maîtresses. On les appelait ses hétères. Après le nom changea pour les courtisanes ou pour être plus exact dames de compagnie, amies de coeur ou encore compagnes intimes. Elle les aima et les choya de tous les feux de sa passion. Sa vie fut très tourmentée, mais elle demeurait semble-t-il très délicate et attendait que le départ de ses intimes conquêtes soit bien définitif avant de diluer les flots de sa douleur dans l'encre de sa plume fertile et ce parfois avec une verve très acerbe. À sa manière elle devait faire partie de ces femmes qui aiment trop mais pour elle se donner autant n'était pas déshonorant, c'était même un honneur gratifiant. Mais hélas, probablement fort désabusée, elle délaissa un peu ses habituelles fréquentations et se mit à poursuivre contre son gré l'amour d'un jeune marin de vingt ans, du nom de Phaon, qui d'ailleurs la fuyait. Il la méprisait au point de quitter l'île de Lesbos. Elle persista et tenta quand même d'aller le rejoindre en Sicile, mais tous ses effort furent vains. Elle trouva soudain si ridicule les trente-cinq années qui les séparaient et la vanité de son geste, qu'elle se découragea complètement et se rendit sur l'île de Leucade jusqu'au haut d'un pic de pierre blanche formé en promontoir dominant la mer et là, comme pour guérir les blessures à son âme, Sappho s'est jettée dans les flots. J'y suis allée et encore aujourd'hui contempler le reflet de la pleine lune sur ces eaux, par nuit claire, a quelque chose d'impérial qui évoque toujours nostalgiquement son souvenir. Sappho faisait partie de l'aristocratie de Lesbos. Le nom de sa famille était Scamandronymos et le prénom de sa mère était Cléis. Elle fut veuve rapidement, car son époux mourut à la guerre très jeune. Sappho vécut au temps où Rome n'était encore qu'une ville sans importance. En Egypte, dans la nécropole gréco-égyptienne d'axyrhynchus, plusieurs poèmes d'elle faisaient partie du cartonnage entourant certains cercueils de l'époque. Des pièces de monnaie furent même gravées à son effigie six cents ans après sa mort. Une statue d'elle fut faite deux cent trente-trois années après son décès. Elle écrivit neuf livres pour un total de douze mille vers tous devenus très célèbres. Il en subsiste de nos jours que six cents dont plusieurs sont mutilés. Il ne reste, en définitive, que la vingtième partie de son oeuvre. La destruction massive de ses écrits fut ordonnée par des religieux qui la jugeaient menace à la moralité. Ils entreprirent de détruire par le feu beaucoup de ses livres à l'époque de Grégoire de Nazianze vers 390 et à nouveau en masse, de la même façon, en 1073 sur l'ordre du Pape Grégoire VII et cela se poursuivit jusqu'au XIX siècle. En conclusion, à l'époque, cette grande concentration de femmes homosexuelles fut si bien popularisée par Sappho que cela eu pour effet de faire connaître les habitantes de cette île de par le monde par cette particularité, alors le mot lesbienne, qui était à ce moment-là le synonyme de leur citoyenneté, est devenu l'adjectif qui décrit très bien aujourd'hui qui je suis. Les temps ont changé et c'est ainsi que, sous la doctrine des catholiques, le nom de l'Ile fut considéré comme trop évocateur de gestes désormais interdits et elle a été rebaptisée Mytilène qui était le nom de la capitale à cette date de l'histoire, ternissant ainsi une fierté et un droit d'être jadis bien acquis. Le nom de Lesbos est à un tel point représentatif de cette forme que je me plais à me figurer, grâce à cette ressemblance de consonnances, que c'est comme si presque toutes les femmes de Lévis étaient aux femmes et que tous le savaient, alors si je présentais quelqu'un en soulignant qu'elle est Lévisienne je ferais automatiquement sous-entendre son orientation. Pour ce qui est du prénom de la grande poétesse il semble encore et toujours boudé au même titre que celui de Messaline ou même d'Agrippine et ce malgré le fait qu'elle était tout à fait à leurs opposés, étant toute douceur et volupté et elles, d'une cruauté à ne jamais oublier, car elle ne fut pas très souvent égalée. Extrait du roman: Les femmes de la porte d'à côté de : Pierre Patry