
La liberté du style
Depuis la nuit des temps, l’homme, sans doute cherche à s’assurer la survie de son esprit. Que ce soit par vanité, prétention ou tout humblement; les rayons des bibliothèques regorgent d’histoires que certains ont cru bon leur offrir une maigre chance de survie. Écrire un livre comporte toujours le risque que ce dernier sombre dans l’oubli au travers de milliers d’autres qui n’ont même pas été connus, et plus la poussière s’accumule et plus chacun croit qu’il n’est pas œuvre à lire, car les traces du temps qu’il porte montre le peu d’intérêt qui lui a été porté. C’est fragile l’esprit c’est d’ailleurs pourquoi on se rabat sur l’écrit; c’est un peu sa survie, mais ce dernier n’en mène pas beaucoup plus large, un musée peut brûler, la planète peut aussi exploser. Il y a des fois aussi que les livres que l'on écrit ont assez de poids et ont tellement choqué, dérangé ou contrecarré qu’ils seront comme bien d’autres, autodafés. Tous n’auront pas le poids, la longévité et le tirage de la bible; c’est que peu peuve prétendre être le fils du nombril du monde et voir ses dires appuyés par le clergé, et ce, avec toute la crédibilité qu’il peut représenter. Pour un auteur plus commun noircir des feuilles c’est impliquant car il est au fait des risques qu’il court à afficher ses couleurs, il sait que cela représentera pour lui peut-être de la douleur ou même la mort de tant d’années. L’écrivain est de tous les temps un être passionné d’une grande fragilité, car c’est inévitable, un jour il doit offrir son écrit d’une main craintive aux bonnes grâces de ses semblables et, à ce moment-là, c’est souvent l’instant des grands bouleversements. Certains ne retiendront de cette pile de papiers que les coquilles qu’ils y ont trouvées, d’autre n’exigeront rien de moins que l’application à la lettre de la grammaire, sans tenir compte que l’essentiel tient dans ce qui est écrit et dans le cœur qui y a été mis, très peu prendront la peine d’en tirer une juste exégèse pouvant appuyer l'effort de l’auteur dans les valeurs qu’il cherche à léguer. L’écrivain pour sa part ne veut en aucune manière être passé au tordeur pour offrir aux lecteurs une bouillie pour les chat qui ne lui ressemble même pas. Pour écrire il faut savoir se donner. Il n’y a pas de place pour la tricherie et lorsque l’on saisit notre plume c’est juste pour pousser des cris dans un assemblage de mots, qui n’en n'ont rien à faire des règles établies qui sont souvent si castrantes qu’elles empêchent de forcer les lettres à révéler l’état d’esprit réél de l’auteur. Le lecteur quelqu’il soit devrait toujours tenir compte que lorsqu’il ouvre un écrit pour le traverser, il ne devrait pas croire qu’il est en droit de trouver les belles petites lignes réconfortantes qu’il s’attend de savourer; à chacun son style et qu’il en soit ainsi ,car si tous écrivaient de la même façon nous finirions par réaliser que cela se terminerait par une aventure aussi triste que de manger des patates pilées non salées à longueur d’année. La langue c’est comme une recette, si on veut que nos descendants l’adoptent et qu’elle ne devienne pas morte, elle doit pouvoir s’assaisonner au goût du jour. Dans les dictionnaires, l’usage des mots s’accompagne de citations d’auteurs qui ont osé associer ces derniers à des fins jusque-là inconnues afin de pousser des cris bien de leurs cru et là l’auteur devient le contorsionniste qui permet de repousser les limites des règles d’usage déjà établies dans le passé. C’est ainsi qu’il est possible de faire glisser la langue comme l’inexorable marche du temps vers le contemporain de l’auteur et pour les écrivain futurs les même compromis entre les règles et l’usage seront essentiels pour s’assurer de la survie de notre beau dialecte en constant changement et qui n’en est heureusement pas de toutes manière à ses premières exceptions. Pour sa sauvegarde notre langue tel un arbre devra fléchir pour faire face aux contants vents changeants qui lui seront imposés par les prochaines générations. Pierre Patry