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le cancer ce mot qui frappe

 

LE CANCER CE MOT QUI FRAPPE

 

 

 

 

Comment ne pas y penser! Ça veut dire quoi? Pourquoi? Que de questions! Y-a-t-il une réponse? Faut il se poser des questions ou juste se battre et vivre? Au fond de moi, je sais que l’important « c’est le présent ». Je sais aussi que le propre de la vie est de partir. Comme pour tous, je présume que ce constat m’est venu très jeune; on se dit alors, c’est pour plus tard, j’ai le temps, c’est pas trop inquiétant. Par contre, je pourrais avoir un accident, j’essaierai d’être prudent.

Tout au long de notre vie on ne cesse d’essayer des moyens pour vivre plus longtemps. Tout au long de notre vie, on se rend compte que la mort est au rendez-vous. Elle est partout : du plancher glissant, au banal accident, en auto, dans un rang. Au fond, la mort on l’attend, mais on ne sait pas quand. C’est l’inconnu, un absolu, l’au-delà. Y-a-t-il de quoi? A quelle bouée doit-on se raccrocher pour trouver le courage de glisser vers sa destinée? Nous n’avons aucune certitude, nous doutons, nous cherchons des réponses. Vais-je simplement disparaître sans plus? Y-a-t-il un ordre absolu? Qui sait, tous espèrent.

Le cancer n’a que confirmé ce que je savais déjà. Je partirai, mais maintenant je sais comment. La vie m’a souvent servi des leçons d’humilité. Je sais que je ne contrôle que quelques points entre deux points. J’ai appris que de demander un au-delà, c’est un peu ne pas voir ce que j’ai déjà. Suis-je si important, que je doive être? Quelle vanité, car ce monde tu ne pourrais même pas le créer. Qui suis-je pour exiger? À la limite nécessitons-nous des réponse ou lorsque nous prions nous ne faisons que japper après la lune.

Aujourd’hui, bien humblement, je me dis, de quoi tu doutes? Tu vis. De ça, en doutes-tu? Je regarde le ciel, que c’est grand! N’y a-t-il que moi là-dedans? Quelle chance que j’ai!.J’en suis conscient. Je suis une poussière dans l’univers, pourtant je suis, je pense et j’aime. Dans mon cœur, le rêveur ne doute pas, tout a une raison pour être là, il n’y a rien pour rien.

Un jour tu es jeune et tu tiens ta vie entre tes mains. Le monde est devant toi, je ferai ceci, je ferai cela. Tu as du temps, même assez pour le perdre, amplement. Que la vie peut nous sembler longue à 16 ans, pourtant le temps passe. Tu vis ta vie, tu fais tes choix au meilleur de toi. Tu as choisi entre quoi et quoi? Tu ne le sais pas. C’est souvent juste un acte de foi.

Tu peux te tromper bien de fois et malgré tout, perdant ou gagnant, tu dois toujours aller de l’avant, et puis les années passent, cela, tu t’en rends compte une fois que c’est fait. Tu  regardes en arrière et tu fais un bilan.  J’aurais pu faire ceci, j’aurais dû refuser cela. Si cela n’avait été de ceci, je serais cela. Tu cherches une raison ou une réponse à tout; souvent tes échecs dépendent de tout, sauf de toi. Il y a encore beaucoup de choses que tu ne comprends pas, surtout les pourquoi, les pourquoi moi!

Avec le temps, tu apprends que tout n’a que l’importance que tu lui attribues. Tout en toi évolue. Tu cherches toujours l’absolu, mais, ce que tu croyais aimer à jamais ne fut en fait que le chemin qui t’a fait connaître ce que tu aimes aujourd’hui. La vie est en mouvement, elle est en constant changement. Ainsi, nous évoluons, nous prenons conscience de la fragilité de la vie et à quel point elle peut être précieuse. Tu comprends un peu plus ce qui est vraiment important, car tes expérience te démontrent qu’au fond tout ce que l’on transforme finit par perdre la forme et te rappelle ta propre borne.

De la vie, il ne restera que ce tu y laisseras et il faudra que ce soit quelque chose qui ne vieillit pas, et au fond, cela ne sera que l’amour que tu donneras, le don de toi, car on arrive au constat qu’on aura beau faire quoi que ce soit ici-bas, c’est pas sûr que cela te survivra. Tout peut arriver; une météorite pourrait tout aussi bien tout pulvériser; fort de cela, ta sagesse te dit maintenant, tu peux prétendre quoi! De toi il en restera que ce que tu auras laissé. S’il est possible qu’il subsiste encore un spectre du passé, de quoi aimerais-tu qu’on se souvienne de toi?

C’est vrai que c’est important de faire les bons choix, et si j’avais été riche, est-ce que cela aurait changé quoi que ce soit ou est-ce que je courrais encore après ce que je n’ai pas? Moi je me dis que sur terre souvent on attribue trop d’importance au matériel; on passe à côté de l’essentiel, on oublie de vivre.

Nous devenons prisonniers de nos rêves; ils prennent toute la place. On ne comprend pas tout de suite qu’ils sont des châteaux de carte. On aura beau dire ce que l’on veut et se faire accroire n’importe quoi, sur bien des points de vue, tu ne décides pas de grand chose, même si tu penses que tu es le maître de ta vie. cette dernière te sert constamment des rappels radicaux. Tu ne choisis pas tes parents, tu peux faire un accident et bien des affaires te font constater que ce ne serait pas long de passer les pieds devant. Tu ne peux pas tenir l’univers dans tes mains, mais tu peux essayer d’en faire le dessin et de prédire son destin. Tu peux décider d’aller quelque part, mais tu n’es jamais sûr d’y arriver.

Nous survivons tous dans une jungle, la vie est belle et fragile; il y a des moments où tu ressens des instants suspendus dans le temps. Lorsque cela se passe, tu sais que tu fais partie d’un tout; soudain c’est comme si tout à coup tu étais arrivé quelque part et que tu partageais ton souffle à la vie. Ces moments-là, tu ne les oublie pas, ils te reviennent et te montrent que tu es vivant au présent.

Le cancer, pour moi, au fond, c’est ça aussi, car ça te force à te battre et à vivre. Grandiose la vie, ses paradoxes aussi, car c’est quand les choses sont au pire, que l’être humain est à son mieux. La vie, si on la regarde avec le cœur, c’est grand à se taire. Que dire, tout y est déjà inclus, c’est trop grand, nous ne demeurerons que des enfants.

Riches ou pauvres on n’y échappe pas, on meurt; c’est là que la vie prend toute sa valeur.

Au fond, dans le concret, nous n’avons pas grand certitude. Nous ne sommes que des poussières cosmiques qui aiment et qui espèrent rejoindre une autre forme sous laquelle le temps aurait moins d’emprise.

Je peux me figurer avec lucidité que l'on n'est pas là pour durer; on devrait se le rappeler plus souvent, on aborderait la vie bien différemment et ce serait moins pesant.  Quand on s'arrête et qu'on y pense au fond, c'est tellement évident que la moindre chose dans ce monde nous rappelle la précarité de la vie, mais aussi la grandeur des forces qui nous animent. Ainsi malgré le fait que le paysage me survivra, je préfère être juste de passage.  Je ne voudrais pas avoir été juste une image.

Présentement, avec le cancer, je sais que le temps qui me reste je devrai l’utiliser à finir de me réaliser, tout au moins, ne pas avoir été en vain, et ce, cancer ou pas; à 50 ans, il y en a plus derrière, que devant, en partant. Pour moi, avoir réussi ne signifiait pas de devenir riche matériellement, c’est accessoire; c’est sûr que ça en prend. En fin de compte; je me plains de quoi, car au fond de moi, riche, je le suis déjà. Ce que je veux c’est réaliser le plus de choses que je peux, profiter de ce don qu’est la vie et la mettre à profit.

Pierre Patry

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

07-06-22

 

 

 

 

 

 

 

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